Κυριακή, 30 Ιανουαρίου 2011

La crise Grecque


L'intégralité du débat avec Francesco Saraceno, économiste senior à l'OFCE, mercredi 10 février 2010
Dans un chat sur le Monde.fr, Francesco Saraceno, économiste senior à l'OFCE (centre de recherche en économie de Sciences Po), estime qu'il n'y a aujourd'hui aucun risque d'éclatement de la zone euro. Il souhaiterait que la crise actuelle soit l'occasion de relancer la formation d'un gouvernement économique européen et de mettre en place une régulation efficace des marchés financiers mondiaux.
Raoul : Pouvez-vous me réexpliquer un peu simplement les inquiétudes qui entourent aujourd'hui la situation de la Grèce ?
Francesco Saraceno : La Grèce est un tout petit pays de la zone euro qui a eu, par le passé, un comportement irresponsable du point de vue budgétaire, en allant jusqu'à falsifier l'état des comptes publics. Le gouvernement nouvellement élu s'est trouvé face à un double problème : une situation budgétaire déjà détériorée et les effets de la crise qui ont frappé toutes les économies mondiales. Le déficit budgétaire et la dette publique ont donc explosé en Grèce plus qu'ailleurs, même si la tendance a été la même pour tous les pays de la zone euro. Les difficultés de ces dernières semaines, en revanche, sont beaucoup plus difficiles à expliquer, parce qu'elles relèvent d'une attaque spéculative : les marchés sont en train de parier sur les difficultés pour la zone euro d'un éventuel défaut de la Grèce. Défaut que, je le dis tout de suite, je ne vois pas comme probable ni possible en fait.
Ab_  : On parle toujours d'abord de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal. La situation de l'Irlande ou de l'Italie n'est-elle pas aussi préoccupante ?
Si, ce sont tous des pays qui, pour des raisons différentes, ont des difficultés budgétaires aujourd'hui. Et cela montre ce que je disais : les difficultés de la Grèce d'aujourd'hui sont plus liées à des attaques spéculatives qu'à ses problèmes de fond. Prenons l'Espagne. Avant la crise, l'Espagne était l'élève modèle de l'Union européenne, avec un niveau de dette très bas, beaucoup plus bas que celui de la France par exemple, et des déficits quasi nuls. Aujourd'hui, l'Espagne a des difficultés énormes parce qu'elle a fondé sa croissance des dernières années sur le secteur immobilier, secteur qui a été au cœur de la crise mondiale. Les difficultés que connaît l'Espagne en ce moment sont donc exclusivement liées à la crise, et pas à un comportement irresponsable de ses autorités budgétaires. Ses déficits et la montée de sa dette devraient donc être considérés par les marchés comme normaux, et non préoccupants. L'Italie, qui a une dette beaucoup plus élevée et qui a eu dans le passé une croissance beaucoup plus faible, devrait préoccuper les marchés beaucoup plus que l'Espagne ! Le fait que cela ne soit pas le cas montre bien qu'il s'agit ici d'abord de spéculation financière, et pas de prendre en compte les problèmes fondamentaux du pays.
Eddielesbonstuyaux : On voit les problèmes de la Grèce et des pays du sud de l'Europe. Y a-t-il selon vous un risque d'éclatement de la zone euro ?
Absolument pas. Premièrement, la Grèce est minuscule par rapport à l'Europe. En termes de PIB et en termes de dette. La dette grecque se situe autour de 3 % de la dette de la zone euro et la dette des "PIGS" (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne) ne représente même pas 15 % de la zone. Par ailleurs, le stock de dettes cumulées par les Grecs est inférieur au déficit de deux années de la France. Donc en termes quantitatifs, le problème grec est négligeable pour la zone euro.
Deuxièmement, à part les spéculateurs, aucun autre acteur aujourd'hui n'aurait intérêt à une sortie de la Grèce de la zone ou à un éclatement de la zone euro. Les Grecs n'y ont pas intérêt, parce qu'une sortie de la zone euro voudrait dire une dépréciation violente de leur nouvelle drachme, et donc un risque accru de faillite. Les autres pays européens auraient deux problèmes. Le premier serait un effet de contagion : après le pion Grèce tomberaient d'autres pions ( l'Espagne, le Portugal, etc.) Le second, c'est que la dette grecque est détenue aussi par des institutions financières de gros pays européens, notamment l'Allemagne. Celle-ci ne pourrait pas imposer ce coût à son système financier.
Pour résumer, il s'agit d'un montant finalement pas très important, et tous les acteurs ont intérêt à payer le prix d'un sauvetage de la Grèce. Donc de façon implicite ou explicite, si nécessaire, la Grèce sera sauvée.
Drey : Qui va payer la sortie de crise de la Grèce ?
Le contribuable européen. Comme malheureusement cela a déjà été le cas pour le sauvetage du système financier mondial. Cet épisode grec montre donc encore une fois, et à quelques mois seulement de distance, ce qu'a montré le sauvetage des banques : les hedge funds (fonds spéculatifs) et les grands acteurs de la finance internationale jouent un jeu où ils n'ont rien à perdre et tout à gagner. Quand l'économie va bien, ils y gagnent car ils privatisent le profit, et quand les choses vont mal, ils mutualisent les pertes. L'épisode grec montre que la régulation des marchés financiers doit être la priorité n° 1 à moyen terme. La finance est trop importante pour être laissée sans règles efficaces.
tom selleck : Comment les pays "riches" de la zone euro peuvent aider concrètement ces pays en difficulté ?
Les traités européens en principe empêchent le sauvetage des pays membres en difficulté. Mais il y a des clauses qui permettent ce sauvetage dans des circonstances exceptionnelles. Le débat porte sur des questions de droit, mais je suis sûr que si une volonté politique d'aider la Grèce émergeait, on trouverait la façon de le faire au niveau européen. Sinon, on pourrait de toute façon avoir recours à des prêts bilatéraux, des initiatives individuelles de certains pays, ou, pourquoi pas, imaginer une intervention du Fonds monétaire international. Ce serait tout à fait possible et assez intéressant, mais cette hypothèse du FMI a été écartée par plusieurs responsables politiques européens qui la jugent humiliante pour l'Europe, qui devrait être capable de résoudre ses problèmes toute seule. Moi, ce que je trouve humiliant pour l'Europe aujourd'hui, c'est la cacophonie qui jusque-là a accompagné la crise grecque. Cette crise grecque, comme le plan de relance en 2008-2009, montre que l'Europe a besoin plus que jamais d'un vrai gouvernement économique. Car jusqu'ici les marchés ont pu spéculer sur l'incertitude et sur les vides au niveau européen.

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